L’épopée de Juillet

Les premiers rayons du soleil percent le ciel qui lentement prend des couleurs. Au petit matin je m’éveille. Aujourd’hui n’est pas comme hier. Je m’étire, l’effort sera rude et intense, la journée sera longue. Un frisson me parcourt. Pourtant je n’ai pas peur, au contraire, c’est l’excitation qui me traverse déjà l’échine. Je prends des forces, il n’est pas question que la faim me prenne par les sentiments.

Ma tenue est prête, je me glisse dedans avec aisance. Et je pars, jetant un dernier regard à mon dressing. Il ne sera plus jamais comme avant.

Je rejoins mes compagnes. D’une même voix nous renouvelons notre serment d’allégeance, jurant de nous soutenir dans ces épreuves difficiles qui se profilent. Nous attendons ce RER qui ne semble vouloir venir, sachant se faire désirer. Finalement il survient, avançant péniblement le long du quai, lourd des individus dont la destinée est pour aujourd’hui similaire à la notre. Nous nous y engouffrons.

Le temps passe, et enfin les terres de la bataille apparaissent à l’horizon. L’heure du combat sonne. Les enseignes nous font face, trépidantes elles aussi, prêtes à avaler le flot de soldats, ou devrait-on dire « soldistes », qui viennent les assaillir.

L’œil affuté et la patience sont nos meilleures armes, avant que nous ne nous décidions à prendre l’ennemi par le front, additionnant les articles sur nos bras, avant d’en venir à un corps à corps fatidique en cabine. Ceux qui n’en sortent pas indemne, jugés inaptes au service, seront restitués aux écuyères de la marque affrontée, qui les replaceront sur les portants dont ils proviennent. Leur sort est scellé, ces vêtements ne seront pas exhibés dans nos armoires respectives.

L’assaut se poursuit, nous affrontons les griffes l’une après l’autre. Maje, Sandro, Calvin Klein, Diesel, Disquared², Jimmy Choo, Chantal Thomass, Zadig&Voltaire, Bali puis Céline. De certains duels nous sortirons avec aisance, sans le moindre coup. C’est Burberry qui nous infligera le plus de pertes, impitoyable par les affaires auxquelles nous devons faire face. L’ennemi sait se faire aimer, nous attire irrémédiablement à lui, envoie ses émissaires les plus farouches, et aveugle nos yeux en exhibant des étiquettes rouges marquées du sceau de l’incontournable opportunité. Echarpes en tartan entièrement en cachemire fin, tissées dans la plus ancienne fabrique écossaise de l’île anglaise, sacrifiées en première ligne à 75€. Carrés en soie, d’une douceur incomparable, envoyés en kamikazes à 30€, les soldes sont sans merci pour ses unités.

Au fur et à mesure que la journée avance nous progressons, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus. Nous contemplons l’horizon, il est vierge de magasin. La Vallée Village touche à sa fin. Nous rentrons vers nos maisons, les bras lourds des trophées de nos batailles. Nous avons des blessures à panser, comme des cicatrices que nos comptes en banque porteront à vie.

C’est sur ce récit épique que nous terminons notre épopée. Homère serait triste de notre Odyssée, car, même si ce n’est ni géants ni eaux déchainées que nous avons affrontés, nous avons été vaincues par le chant des sirènes, sorcières séduisantes appelant à nous faire céder. C’était si facile, mais c’est si plaisant !

Si les soldes ont gagnées la première bataille, nous sommes loin d’avoir perdu la guerre ! Tant qu’il y a les cartes bleues, il y a de l’espoir.

Flo.

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